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Louceny Nabe, «Depuis janvier 2019, le Système National de Paiement est connecté avec les régies financières…»

Depuis 2011, la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) a mis en
œuvre un ensemble de mesures monétaires et financières pour stabiliser lamonnaie afin de lutter efficacement contre l’inflation et développer un secteur financier résilient. Ces réformes ont eu pour axes principaux l’assèchement de l’excès de liquidité dans l’économie, la reconstitution des réserves de changes, la modernisation du système d’information et du système national de paiement ainsi que la promotion de l’inclusion financière, afin d’accompagner les efforts de
relance des autorités publiques. Dans cette interview exclusive le Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, Louceny Nabe parle de l’essentiel des reformes entreprises de 2011 à 2021.


Durant la période de 2011 à 2021, qu’est ce qui a été mis en œuvre pour améliorer le domaine de la politique monétaire en Guinée ?


En effet, dans le domaine de la politique monétaire, la BCRG a adapté ses instruments à l’évolution progressive des conditions monétaires. Depuis 2011, le taux directeur et le coefficient des réserves obligatoires ont, plusieurs fois de suite, été modifiés. La période de constitution et le mode de calcul des réserves obligatoires sont judicieusement définis pour libérer plus de liquidités pour le système bancaire, en vue de tenir compte des conditions monétaires, notamment dans le contexte post-Ebola. En 2011, le montant des dépôts sur les comptes sur livret est déplafonné afin d’encourager la mobilisation de l’épargne
nationale. Une instruction relative au fonctionnement du guichet des opérations
d’open market est publiée en 2015 pour permettre aux banques ayant des besoins de liquidité de se refinancer à un taux inférieur à son taux directeur en vue de soutenir les petites et moyennes entreprises. Une instruction relative à l’appel public à l’épargne de Guinée est également édictée en 2015.En 2016, les
titres de régulation monétaires sont relancés pour bien réguler la liquidité bancaire. A la même année, le mécanisme d’enregistrement de la Centrale des risques est renforcé par la prise en compte des engagements à partir de GNF 5
millions au lieu de GNF 15 millions en vue de contribuer à la transparence dans les opérations de crédits bancaires et par cela, réduire les risques liés au non remboursement de ces crédits.

Le taux de Change étant essentiel dans la détermination du panier de la
ménagère, quelle vision a été adoptée par la BCRG pour faciliter aux
opérateurs économiques les besoins d’importation et en même temps amortir la taxe ?


Vous savez, dans le domaine de la politique de change, la Banque Centrale a mené plusieurs actions pour stabiliser le taux de change qui constitue un facteur essentiel dans la détermination du panier de la ménagère guinéenne. En 2011, elle a restauré le marché interbancaire de change pour financer régulièrement une bonne partie des besoins d’importations exprimés par les opérateurs
économiques. En 2016, le Marché aux Enchères Bilatérales de Devises est instauré, en remplacement du Marché Interbancaire de Change (MIC) dans le but de réduire la prime de change entre marchés officiel et parallèle. Les taxes sur les retraits en devises qui étaient de 1,5 %, sont supprimées. Le montant maximal des retraits en devises sans justificatifs est relevé de 5 000 à 20 000 USD pour les opérateurs de change. Une taxe de 0,5 % sur les opérations de change (virement et transfert à l’étranger) a été instaurée. Ces mesures visaient,
entre autres, à redonner confiance au système bancaire et à encourager la reconstitution des réserves des banques.


Dans le cadre de la poursuite des réformes du marché des changes, la Banque Centrale instaure, en 2020, un marché aux enchères d’achat et de vente de devises basé sur des règles, dans le but de renforcer davantage la transparence et de donner plus de visibilité à ses interventions. Elle met également en œuvre
le processus de digitalisation des opérations de change. Ce processus a culminé au lancement, en 2020, de la salle des marchés qui permet l’automatisation des opérations d’adjudication du marché aux enchères, le suivi en temps réel des opérations de change interbancaires, ainsi que le suivi des cours internationaux des devises et des matières premières sur le marché international.

En 2020 un modèle de prévision et d’analyse de données a été rendu opérationnel pour vous permettre de relever les défis et de hisser la BCRG au rang des banques modernes malgré le contexte sanitaire marqué par la Covid-19 qu’en est-il en réalité ?

Oui c’est vrai que ce modèle est lié au domaine de la recherche et est opérationnel depuis 2020, il constitue également le principal outil de prise de décision du Comité de Politique Monétaire. Ainsi, grâce à ces efforts, les principaux indicateurs monétaires se sont améliorés dans l’ensemble. En effet, les avoirs extérieurs nets s’établissent à GNF 14 599,9 milliards à fin septembre 2021, contre GNF 765,01 milliards à fin 2010. Les réserves internationales brutes
s’établissent à fin septembre 2021 plus de 5 mois d’importations de biens et services, contre 15 jours d’importations de biens et services à fin 2010.Le taux de change s’est stabilisé autour de GNF 9 370,9 pour un dollar et à GNF 10 550,7
pour un euro, à fin novembre 2021. Les primes de change entre les marchés officiel et parallèle se situent, actuellement, à environ 0,6 % pour le dollar américain et -0,5 % pour la monnaie européenne, contre 17,2 % et 14,5 %
respectivement à fin 2010. Justement en dépit du contexte marqué par la pandémie de COVID-19, l’inflation, en glissement annuel, s’est située à 12,7 % en octobre 2021, contre 20,8 % en décembre 2010.


Dans le domaine de la supervision des institutions financières, les activités sont
redynamisées depuis 2011, à travers l’adoption de l’approche de supervision basée sur les risques, pour davantage adapter le contrôle des banques à leur profil de risques. Le niveau du capital minimum des banques est relevé en 2012, passant de GNF 50 milliards à GNF 100 milliards pour renforcer la résilience des
banques, en vue de leur permettre de faire face au financement accru et sain de l’économie. En 2013, une nouvelle loi bancaire est élaborée et promulguée. Cette nouvelle loi protège davantage les déposants et donne des moyens renforcés aux Autorités de régulation et de contrôle que sont le Comité des Agréments et la
Banque Centrale, pour mener à bien leurs missions de régulation et de supervision du secteur bancaire. En outre, le plan comptable est révisé, en 2020, pour tenir compte de l’apparition de nouveaux produits et de nouveaux établissements financiers. La loi sur le crédit-bail est adoptée et promulguée en 2012.

Le crédit-bail permet aux entreprises, notamment les PME/PMI qui n’ont pas accès au financement classique des banques, d’accéder sans garantie à des financements pour leurs équipements. La Banque Centrale a aussi élaboré la loi sur le financement du terrorisme qui a été adoptée et promulguée. En 2015, la règlementation sur les activités de monétique et de mobile banking est élaborée. Le code des assurances a été élaboré en 2016 par la Banque
Centrale, et adopté par l’Assemblée Nationale, puis promulgué. S’agissant de la promotion de l’inclusion financière, la BCRG élabore en 2017 une nouvelle loi portant sur les institutions financières inclusives, avec l’appui de la
Banque Mondiale. Les modernisations essentielles apportées au secteur incluent
l’introduction de la notion de produits de financement participatifs ou alternatifs,
le renforcement du capital minimum pour consolider les fonds propres des institutions de microfinance, la modernisation du régime prudentiel des établissements de microfinance, l’introduction de dispositions élargies relatives à
la protection des consommateurs, et la mise en place d’un mécanisme approprié de traitement des plaintes et réclamations de la clientèle.La loi applicable au secteur de la microfinance est révisée. Ce qui favorise l’adoption par le
Gouvernement du document de stratégie nationale d’inclusion financière qui permettra, dans les années à venir, aux consommateurs qui n’ont pas accès aux services financiers classiques, de bénéficier de ces services de base de proximité et à faible coût. Pour aligner la Banque Centrale sur les meilleures pratiques en matière de fonctionnement des organisations financières, un projet de loi sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme est élaboré par la
Banque puis adopté par le Gouvernement. L’objectif de cette loi est de mettre notre pays en conformité avec les normes internationales, d’assurer la transparence et l’intégrité des transactions, et de cultiver les relations de
confiance avec nos partenaires techniques et financiers. Depuis 2010, la Banque Centrale a engagé un vaste chantier de modernisation
de son système comptable et du système national de paiement, avec l’appui de la Banque Africaine de Développement et de l’Institut Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO). Ce projet vise à doter l’économie guinéenne d’infrastructures de marché financier pour garantir la résilience du secteur financier aux chocs, renforcer sa stabilité et réduire les délais de règlement des transactions. A ce
jour, toutes les composantes de ce système fonctionnent à la satisfaction des utilisateurs. Depuis janvier 2019, le Système National de Paiement est connecté avec les régies financières (Douanes, Impôts et Trésor), ce qui a renforcé la mobilisation et la sécurisation des recettes publiques. Par ailleurs, la modernisation des infrastructures du crédit reporting et l’amélioration du climat des affaires en Guinée, ont amené la Banque Centrale à
multiplier les efforts visant la mise en place du Bureau d’Information sur le Crédit. A cet effet, la loi portant sur son fonctionnement est adoptée par l’Assemblée Nationale en 2019 et promulguée par décret du 08 janvier 2020.Sur
un autre registre, la Banque Centrale s’est engagée, depuis 2011, à mettre en place une structure de Gouvernance de la Monétique Nationale pour améliorer le taux de bancarisation et favoriser l’inclusion financière. Dans ce cadre, elle a autorisé la création de la Société Monétique de Guinée. Cette structure est chargée de la mise en œuvre et de l’exploitation d’un centre de traitement monétique interbancaire et délégataire.


Au niveau du système financier, la monétique privative se développe et connaît un fort engouement de la clientèle. La Banque Centrale a mis en place un cadre qui a favorisé la création d’Etablissements de Monnaie Electronique par l’émergence de services financiers électroniques : banque mobile, transfert d’argent et micro assurance. Ces Etablissements de Monnaie Electronique
accompagnent l’Agence Nationale d’Inclusion Economique et Sociale dans sa lutte contre la pauvreté dans notre pays.Dans le futur, l’utilisation des paiements digitaux va constituer un puissant moyen d’inclusion financière grâce aux projets de paiements dématérialisés du gouvernement.La Banque Centrale continue de
prendre de nouvelles initiatives pour donner aux banques la possibilité d’émettre sur le marché une panoplie de moyens de paiements comme les cartes bancaires, le mobile banking, les terminaux de paiement électronique.

Louceny Nabe, «Depuis janvier 2019, le Système National de Paiement est connecté avec les régies financières…»


Propos recueillis par Mam Campbell

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